Didier Delahaye presents the works of Georges Brassens

A Wreck


From the album Supplication to be buried on the shores of a faraway isle

A Wreck

I’m calling out to Bacchus, Bacchus god of wine The local boozemonger is an ungodly swine Better patron than I you won’t find anywhere When I had drunk myself down to the bottom of his well He promptly kicked me out saying all drunks can go to hell Never mind, there’re some odd barkeepers out there.

A vagabond passed by and found me on the street Completely passed out with nary a heartbeat Took a look at my shoes and found them quite the pair Poor fellow, they are so worn out from carrying my load Not bloody likely to take him down his yellow brick road Never mind, there’re some odd passers-by out there.

A scruffy looking youth helped himself to my shirt Must have been dim-sighted to think he’d hit pay dirt T’was no shining example of ready-to-wear I would have been happy to give him the shirt off my back But in this case he’d be better off with a gunny sack Never mind, there’re some odd teenagers out there.

The wife of a coal miner came and grabbed my pants Oh no lady, please don’t! Countless armies of ants Have chewed the seat threadbare and if you ever dare Put them on your hubby it is just a matter of time Before the family jewels are encased in rime Never mind, there are some odd couples out there.

And there I was laying down in my birthday suit My maleness shamelessly sprawling across the route Of a hooker taking stock of the evening air Even though in a good day she saw maybe a dozen She complained to a cop that my display was too brazen Never mind, there’re some odd streetwalkers out there.

Nonchalantly came to the scene the man in blue As soon as he saw me he exclaimed “Goodness! You Are in the midst of winter with nothing to wear!” And lest hypothermia took over my naked body He took off his big coat and gently draped it over me Never mind, there’re some odd constables out there.

And ever since that day, me whose favourite refrain Is that pigs lie at the bottom of the food chain I cannot belt it out without making amend I still on occasion try to bellow something uncouth But my tongue shamefully retreats into my pasty mouth Never mind, these are odd times we’re in, my friend.

© Didier Delahaye, 2002

L’épave

J’en appelle à Bacchus. à Bacchus j’en appelle Le tavernier du coin vient d’me la bailler belle De son établiss’ment j’étais l’meilleur pilier Quand j’eus bu tous mes sous, il me mit à la porte En disant : “Les poivrots, le diable les emporte!” Ça n’fait rien, il y a des bistrots bien singuliers…

Un certain va-nu-pieds qui passe et me trouve ivre Mort, croyant tout de bon que j’ai cessé de vivre Vous auriez fait pareil, s’en prit à mes souliers. Pauvre homme ! vu l´état piteux de mes godasses, Je dout’ qu’il trouve avec son chemin de Damas-se. Ça n’fait rien, il y a des passants bien singuliers…

Un étudiant miteux s’en prit à ma liquette Qui, à la faveur d’la nuit lui avait paru coquette, Mais en plein jour ses yeux ont dû se dessiller. Je l’plains de tout mon cœoeur, pauvre enfant, s’il l’a mise Vu que, d’un homme heureux, c’était loin d’êtr’ la ch’mise Ça n’fait rien, y a des étudiants bien singuliers…

La femm’ d’un ouvrier s’en prit à ma culotte. ” Pas ça, madam’, pas ça, mille et un coups de bottes Ont tant usé le fond que, si vous essayiez D’la mettre à votr’ mari, bientôt, je vous en fiche Mon billet, il aurait du verglas sur les miches.” Ça n’fait rien, il y a des ménages bien singuliers…

Et j’étais là, tout nu, sur le bord du trottoir-e Exhibant, malgré moi, mes humbles génitoires. Une petit’ vertu rentrant de travailler, Elle qui, chaque soir, en voyait un’ douzaine, Courut dire aux agents : J’ai vu quèqu’ chos’ d’obscène Ça n’ait rien, il y a des tapins bien singuliers…

Le r’présentant d’la loi vint, d’un pas débonnaire. Sitôt qu´il m’aperçut il s’écria : “Tonnerre ! On est en plein hiver et si vous vous geliez !” Et de peur que j’n’attrape une fluxion d’poitrine Le bougre, il me couvrit avec sa pèlerine. Ça n’fait rien, il y a des flics bien singuliers…

Et depuis ce jour-là, moi, le fier, le bravache, Moi, dont le cri de guerr’ fut toujours Mort aux vaches ! Plus une seule fois je n’ai pu le brailler. J’essaye bien encor, mais ma langue honteuse Retombe lourdement dans ma bouche pâteuse. Ça n’fait rien, nous vivons un temps bien singulier…

Georges Brassens, 1966 © Éditions Musicales 57

Original album (30cm LP)

[column size=”1-3″ last=”0″ style=”0″] Georges Brassens, vol IX, faux bois
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SIDE 1
Supplique pour être enterré à la plage de Sète
Le fantôme
La fessée
Le pluriel
Les quatre bacheliers
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SIDE 2
Le bulletin de santé
La non-demande en mariage
Le grand chêne
Concurrence déloyale
L’épave
Le moyenâgeux
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