Introduction

C’est tout de bois vêtu que Brassens m’est apparu. Alors que j’étais jeune garçon, nous avions dans le salon familial un de ces coffres en bois qui jadis faisaient la malle. Le nôtre faisait diligence de coffre à disques, lesquels en ce temps faisaient 33 petits tours. C’était une collection ennuyeusement classique mais avec quelques exceptions notoires. Une série de disques se cachait dans des pochettes en faux bois, comme s’ils avaient trouvé le camouflage idéal pour dormir tranquillement dans leur boîte à musique. Le seul signe particulier d’une pochette à l’autre était la petite photo d’un type à la gueule sympathique, qui arborait une grosse moustache et parfois une pipe, dont j’avais moi-même en bon garnement récemment fait la découverte. De grosses lettres affichaient les titres prometteurs d’histoires à rêver debout.

Alors je me mis à l’écoute systématique et j’y découvris un univers en vers qui me fit tour à tour rigoler et consulter le dictionnaire. Ce moustachu était un sacré bonhomme. Petit à petit, j’ai tout, tout su de lui. Puis un beau jour je n’ai plus contenu mon envie de le chanter et de le partager avec autrui.

Mes pipes à moi se sont depuis maintes fois calotées et ma barbe a poussé puis engrisonné. Les chansons de tonton Georges quant à elles n’ont toujours pas pris une ride. Le moment est venu de les partager avec mes amis anglophones avant que le temps n’en fasse à l'affaire.

Photo by Christian Kuntz

Stances à un auteur-compositeur

Prince des mots en vers et de la gaudriole
Toi dont j'ai visité la tombe et la maison
Cependant qu'au-delà tu fais des cabrioles
En ton nom en anglais je refais tes chansons.

Sache que j'apprécie à leur valeur du reste
Les mots que tu égrèn's dans un français comptant
La langue de Molièr' te sied comme une veste
Mais elle n'en est qu'une, faut vivre avec son temps.

Car, sais-tu, de nos jours il est fort nécessaire
De battre dédaigneux l'exécrable ignorance
Qui arros' la Bastillle à chaque anniversaire
Ell' ne pisse pas loin, notre charmante France.

Autre signe de bourgeon éclos sur le tard
Si dès mes dix-huit ans j'ai mis ailleurs le cap
Tes chansons languissaient dans mes cœur et guitare
Je les ressors enfin pour ma dernière étape.

Pour toutes ces raisons, vois-tu, je te fredonne
Dans la langu' de mon Nord, de l'Europ' de demain
Ce que tu m'as offert, à d'autres je le donne
Ça aurait pu tomber dans de bien pires mains.

D'ailleurs, moi qui me gratte avec tes chansonnettes
Si je devais un jour rencontrer le succès
Je n'en finirais pas de tirer ta sonnette
Je deviendrais un peu ton complice, qui sait ?

En chantant ton butin, foin de tout marchandage
Je ne vais nullement fair' la cour aux antennes
Y a pas trop de danger que j' te mette à la page
La mode et moi c'est trois, je me fous des Top Ten.

Foi de ce que tu dis avecques tant de charme
Au plus profond de moi résonne d'un soupir
Dans le parler barbar' je raffûte ton arme
Et je bats la campagne au nom de ton empire.

Mots-en-vers, mon ami, que ton bien me profite
Que ta muse m'accorde une honnête pension
Sans remords, toi et moi jamais ne serons quittes
Je te devrai toujours cent-dix-neuf(e) chansons.

Post-scriptum, si Mariann' est cell' que tu préfères
Sache qu'on apprécie ici le calendo'
Alors aux Amériques, chante avec moi tes vers
Tandis que l'hexagon' se tape des MacDo'.